🤖Le jour oĂą j’ai dĂ©couvert ChatGPT

C’était au début du mois de décembre 2022. J’avais rendez-vous avec François Taddei, dans les locaux du Learning Planet Institute. Nous parlions d’éducation, de nos travaux respectifs, de multidisciplinarité, une hygiène intellectuelle nécessaire. La conversation suivait son cours, très naturellement, quand François m’a soudain demandé : « Tu as vu ce qui s’est passé la semaine dernière ? C’est absolument extraordinaire. »
Je n’en avais aucune idée.
« ChatGPT » m’a-t-il dit.

Je n’avais jamais entendu ce nom. À peine sorti du déjeuner, j’ai téléchargé l’application. C’est ainsi que je suis entré dans le monde de l’intelligence artificielle. Et aujourd’hui, j’ai l’impression que cela fait dix, vingt, cent ans que j’y vis. Comme si je n’arrivais déjà plus à imaginer ce qu’était un monde sans hashtag#IA. Trois ans seulement se sont écoulés, et pourtant le bouleversement est tel qu’il me semble sans précédent dans l’histoire économique, industrielle, peut-être même humaine.

Je suis fasciné par ce bouleversement. Je le dis simplement : il m’émerveille.
Ce qui m’émeut dans l’intelligence artificielle, c’est la capacité de l’humain à se dépasser lui-même. L’IA suscite chez moi un étonnement analogue à celui que j’éprouve devant une grande œuvre, un édifice dont on ne comprend pas tout à fait comment il a pu advenir. Une sorte de stupéfaction, comme devant le Taj Mahal : comment la vie peut-elle produire de tels dépassements ? L’IA, pour moi, c’est cela : un dépassement.

Évidemment, cela étonne beaucoup de monde. Depuis dix ans, je m’exprime sur la durabilité, le climat, la sobriété, les limites planétaires — j’ai même écrit un livre avec Dominique Bourg pour les penser précisément. Alors comment concilier une sensibilité profondément ancrée dans la finitude du monde, dans la nécessité de reconnaître les bornes, avec une fascination pour un outil qui représente exactement l’inverse : une accélération sidérante, un mouvement qui semble ne plus connaître de frein ?

Oui, c’est un paradoxe. Je n’ai ni réponse ni solution définitive. Ce que je sais, en revanche, c’est que cette invention est là. Cette capacité est là. Et comme toutes les capacités dont les humains ont disposé au cours de l’histoire, il faudra apprendre à la maîtriser, à l’utiliser à bon escient, à la mettre au service d’une vision apaisée du monde. Je sais aussi que cela ne se fera pas spontanément, qu’il faudra réguler, contraindre, limiter.

Mais au bout du bout, malgré les risques — environnementaux, sociaux, psychiques, civilisationnels — je ne parviens pas à renoncer à cette part de rêve, à cette possibilité de dépassement, de sublimation de ce que l’intelligence humaine peut devenir. Je ne peux pas me résoudre à l’idée qu’il faudrait reculer, renoncer, ne pas explorer.

Peut-être qu’au fond cette fascination ressemble au vertige que l’on ressent en regardant dans le vide. Peut-être que c’est cela, exactement, qui m’appelle.

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