📖 La Venue d’Isaïe, László Krasznahorkai — un hasard, une prophétie.

Aujourd’hui, dans une librairie vauclusienne [Le passeur de L’Isle], une cliente devant moi demande à la libraire :
— « Et le prix Nobel, vous en avez ? »
— « Un seul », répond-elle, en sortant d’un rayonnage un tout petit livre noir dont la couverture montre des arches effondrées : La Venue d’Isaïe de László Krasznahorkai.
La cliente le feuillette, hésite, puis le repose :
— « La prochaine fois. »

Alors j’ai dit :
— « Je le prends, moi. »

C’est ainsi que j’ai acheté La Venue d’Isaïe, par effraction, comme on attrape une parole avant qu’elle ne se perde.

Un texte lent, dense, grave.

Le monde moderne est une ruine, un lieu où la sagesse a été remplacée par la raison froide, où les prophètes ne trouvent plus d’oreille pour les entendre. Isaïe revient sur terre, non pas pour annoncer la fin du monde – car elle a déjà eu lieu – mais pour constater le désastre moral, spirituel, et peut-être esthétique, d’une humanité qui a renoncé à la profondeur.

Krasznahorkai, ami de l’autre prix Nobel hongrois, Imre Kertész, écrit lui aussi dans la continuité de la Shoah et de l’effondrement européen. Son apocalypse n’est pas religieuse, elle est existentielle : la destruction de ce qui rendait le monde habitable. La venue d’Isaïe, c’est le retour du Verbe dans un monde où les mots n’ont plus de poids.

Entre les mains de cette cliente, ce livre n’a pas trouvé preneuse. Mais ce hasard-là était comme un appel. Ce livre m’attendait.

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